Le Diamant noir Black Orlov
- lucilledaver1
- 24 janv.
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Dernière mise à jour : 24 févr.

Le diamant noir Orlov est un fascinant joyau entouré de mystères. Issu d’un brut de 195 carats, le Orlov est aujourd’hui un diamant noir taille coussin de 67,50 carats classé « fancy black, natural color » par le Gemological Institute of America en 1998. Il est magnifiquement monté sur une broche en platine dans un entourage de couronnes de laurier serti de 800 diamants incolores, et suspendu à un collier serti de 124 autres diamants. Son origine est inconnue, disputé entre l’Inde et la Russie suivant les histoires, alimentant les mythes de malédiction qui renforcent son aura énigmatique. Aujourd'hui, bien que sa malédiction soit supposément brisée, le Black Orlov demeure un symbole de fascination et un trésor convoité par les amateurs de gemmes rares.

Description et minéralogie
Le Black Orlov est un diamant noir naturelle de taille coussin mesurant 28,12 mm par 25,78 mm et une épaisseur de 13,89 mm. Qualifié de « diamant noir », la couleur du Black Orlov est plutôt d'un gris très foncé. Les diamants naturels complètement noirs sont rares. Les diamants noirs tirent leur couleur soit d'une multitude d'inclusions de graphite et de métal (ce que l'on appelle aujourd'hui des diamants "poivre et sel"), soit de leur structure polycristalline, c’est-à-dire constituées d’agrégats de cristaux de diamant également fortement incluse. La structure polycristalline rendant leur polissage et leur facettage complexes, avec un risque accru de cassures et d’éclats. Leur facettage peut prendre beaucoup plus de temps que celui des diamants incolores et les gemmes finies sont plus facilement endommagées. La couleur noire peut aussi être obtenue par irradiation, mais ce n'est pas le cas du Black Orlov, dont la teinte est naturelle.

Origine et découverte : Légende et malédiction
Surnommé appelé « Œil de Brahma », la pierre noire non taillée de 195 carats aurait été extrait, selon la légende, de l'œil d'une statue représentant le dieu hindou Brahma dans un temple près de Pondichéry, en Inde, au XIXème siècle. Ce vol, attribué à un moine, aurait déclenché une malédiction, à l'origine de trois suicides mystérieux. Cependant, cette origine indienne est largement remise en question. D'après les experts, la pierre aurait probablement été découverte au début des années 1800 mais aucune preuve historique ne confirme l'existence de diamants noirs en Inde ou l'association avec une statue divine. Les récits entourant le Black Orlov rappellent fortement l'histoire du célèbre diamant Hope, suggérant une fabrication légendaire destinée à renforcer son aura énigmatique. La Russie a également été évoquée comme pays d'origine en raison des nationalités de ses différentes propriétaires.
Histoire moderne et valeur
Le diamant aurait appartenu à la princesse Nadia Vyegin Orlov de Russie, lui donnant plus tard son nom, et à Leonila Galitsine-Bariatinsky. Les deux fuiront la révolution russe de 1917 pour se réfugier à Rome, en Italie, comme l'ont fait de nombreux membres de la famille royale russe à l'époque, où elles revendront le diamant. Elles se suicideront à un mois d’intervalle dans des circonstances mystérieuses dans les années 1940. II n'existe cependant aucun document indiquant que la Russie ait eu un prince ou d'une princesse Vyegin-Orlov, car tous les princes Orlov descendent des frères de l'amant de la Grande Catherine, le comte Grigor Grigorievich Orlov. Les seules propriétaires reconnues de façon officielle sont la princesse Léonille de Sayn-Wittgenstein-Sayn et Nadejda Petrovna de Russie, lesquelles sont décédées à un âge avancé. Le diamant noir, réapparait ensuite en 1932 aux États-Unis, importée de Rome par le diamantaire J.W. Paris. Ce dernier, peu de temps après la vente, s'est rendu au sommet d'un gratte-ciel de Manhattan, au cœur de la 5e Avenue, et a sauté dans le vide, devenant ainsi, selon certains, la première victime connue de Cette série de supposé morts violentes a conduit à la croyance en une malédiction associée au diamant.
Il a ensuite changé de mains à plusieurs reprises, passant par divers collectionneurs et marchands. Dans une tentative de briser la prétendue malédiction, Charles F. Winson ayant racheté le diamant, le fait coupé en trois morceaux, dont un de 67,5 carats qui est celui que l’on connait sous le nom de Black Orlov. Il l’expose au Musée d'histoire naturelle de New York en 1951, à la Texas State Fair de Dallas en 1964, et au Diamond Pavillon de Johannesburg en 1967. En juillet 1969, il le vent pour 300 000 $US à un acheteur inconnu. C’est la première vente bien documentée du Black Orlov. C’est à cette période que le diamant Black Orlov est serti dans son sa monture actuelle avant d’être revendu aux enchères par Sotheby's en 1990 pour 99 000 $US, puis en 1995 à un collectionneur privé anonyme pour 1.5 million $US. En 2004, le diamantaire Dennis Petimezas l’a acquis et a exprimé sa conviction que la malédiction avait été levée. Après son exposition au Musée d'histoire naturelle de Londres en 2005, il le revend le 11 octobre 2006, lors d'une vente de Christie's Magnificent Jewels pour 352 000 $US, bien au-dessus de son estimation initiale de 100 000 à 200 000 $US.

Black is the new black
Ces dernières années, le prix des diamants de couleur n'a cessé d'augmenter, notamment pour les diamants noirs « ordinaires » pesant entre 3 et 10 carats, dont la valeur est passée de quelques dollars à 3 000–3 500 $/ct. Si le Black Orlov, un diamant de 67,5 carats classé parmi les sept plus gros diamants noirs au monde, revenait sur le marché des enchères, il pourrait aisément doubler son prix de vente de 2006 et même dépasser le million de dollars. À titre de comparaison, le diamant Enigma de 555,55 carats a été vendu pour 4,28 millions de dollars en 2022 chez Sotheby’s. Quelle que soit son origine, le mystère qui l’entoure et l’histoire de sa malédiction brisée contribuent à son aura unique, faisant du Black Orlov une véritable star dans l'univers des pierres précieuses.
Article rédigé par Lucille Daver pour le magazine canadien Jewellery Business :

References
Balfour, I. (2009). Famous Diamonds, 5th edn. Antique Collectors’ Club, Woodbridge, Suffolk, 335 pp.
Balfour, Ian (1997), Famous Diamonds, Christie's Books, ISBN 0-903432-51-X
Eaton-Magaña, S., Ardon, T., Breeding, C. M., & Shigley, J. E. (2019). Natural-color fancy white and fancy black diamonds: Where color and clarity converge. Gems Gemol, 55, 320-337.
Fanthorpe, Lionel; Fanthorpe, Patricia (2009), Secrets of the World's Undiscovered Treasures, Dundurn Press, ISBN 978-1-55002-938-3
Harlow, George E. (1998), The Nature of Diamonds, Cambridge University Press, ISBN 0-521-62935-7
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