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La perle Pérégrina

Dernière mise à jour : 15 mai 2024

Introduction


En raison de leur beauté, les perles sont utilisées comme ornement depuis la préhistoire. Pour des siècles les perles naturelles ou fines représentait la gemme des puissants et des monarques à travers le monde. Parmi les perles les plus célèbres, il en est une qu’il est impossible de ne pas citer : la perle Pérégrina. Cette perle naturelle blanche de 445 ans est en forme de poire mesurant ~17,35 - 17,90 x 25. 50 mm et pesant 55,95 carats à sa découverte. C'était à l’époque la plus grosse perle jamais trouvée. En 1913, après un nettoyage, polissage et taille, son poids passa à 50,56 carats. La Pérégrina reste l'une des plus grosses perles en forme de poire parfaitement symétrique.


Une formidable découverte

Selon une lettre datée de 1579 détenue dans les archives royales espagnoles, la perle Pérégrina aurait été découverte dans le Golfe de Panama sur la côte de l’île de Santa Margarita dans l’archipel des Perles. Cette région qui regorge d’huitres était particulièrement explorée les colons Espagnols, après avoir remarqué les parures de perles portées par les premières nations. Les perles était associé avec le pouvoir spirituel, le rang social et la fertilité féminine auprès des civilisations précolombiennes. Les écrits racontent que ce serait un esclave qui la découvrit dans un tout petit coquillage. La rapportant à son maitre, celui-ci en fut si heureux qu’il l’affranchi sur le champ. C’était alors la plus grosse perle du monde jamais découverte.


Science perle naturelle et perle de culture


Une perle se forme lorsqu’un intru (grain de sable ou parasite) s’infiltre à l’intérieure d’une huitre ou moule. Le mollusque réagi en venant le recouvrir d’une succession de fines couches de nacre formant la perle. En moyenne, seule une huître sur 15 000 produits une perle, allant jusqu’à 1 pour 1 000 000 selon la variété. Les chances de produire une perle de l'ampleur et de la qualité de La Pérégrina sont incalculables. On appelle perle naturelle ou fine, une perle qui se forme sans intervention humaine.

La popularité croissante des perles chez l’aristocratie d’Europe puis chez les nouveaux riches

d'Amérique participera à décimer les populations de mollusque dans l’espoir de trouver LA perle. Le début du XXème siècle marque la fin de l’exploitation intensive des perles naturelles et le début du développement de la perliculture. En effet, sur inspiration des statuettes chinoises couvertes de nacre du XIIIème siècles, les japonais Mise, Nishikawa, puis plus tard, Mikimoto developpent une méthode pour produire des perles de culture en introduisant une bille fait de coquille (nucleus) dans le manteau du mollusque, la forçant à produire une perle ronde en l’espace d’un à trois ans. L’arrivée sur le marché desperles de culture a permis de rendre les perles plus accessibles sur le marché.





Des rois d’Espagne à la reine du cinéma : pérégrination au fil des siècles


Après sa découverte la perle fut vendue, à un marchand de perles portugais qui la rapporta à Séville. Destinée à être vendue à Rodolphe II de Habsbourg, prince du Saint-Empire, grand collectionneur de gemmes, elle fut finalement vendue en 1582 à Philippe II d’Espagne pour ~ 9000  ducats qui voulut l’acquérir à l’instant où il vit la perle.

Philippe II l’offrit à sa fille aînée Eugénie, avant de la récupérer en 1588 à son mariage pour la conserver dans le trésor de la couronne d’Espagne, ce qui fut le cas pendant près de 250 ans et 8 rois. À ce moment-là, la perle s’accrochait sous une broche sertie d’un diamant de 48 carats, l’Estanque, considéré comme le plus gros diamant en Europe à l’époque. De nombreux tableaux de Diego Vélasquez exposés au musée du Prado, à Madrid permettent d’admirer le fabuleux bijou au coup des reines Marguerite d’Autriche-Styrie, épouse de Philippe III, d’Elisabeth de France et de Marianne d’Autriche, les épouses successives de Philippe IV. Lorsqu’elle n’était pas portée, la perle était conservée dans un petit cocon d’or fait à sa mesure et qui s’ouvrait en deux, nettoyée et lustrée. On suppose que c’est l’une des raisons pour lesquelles elle a si bien traversé les siècles sans se déshydrater et craqueler.


Portrait of previous owners of the peregrina pearl. Painting exhibit the peregrina set in a brooch with the 48-carat- Estanque diamond. From left to right, portraits of (1) Margaret of Austria, Queen of Spain by Juan Pantoja de la Cruz (~1606), (2) Philippe III, King of Spain (hat ornement) by Diego Velázquez (~1635), (3) Mariana of Austria, Queen of Spain (hair) by Diego Velázquez (~1660), (4) Marie Louise of Orléans, Queen of Spain, by José Garcia Hidalgo (~1679) and (5) Elizabeth Taylor (1977) with the Cartier necklace.
Portrait des anciens propriétaires de la perle Peregrina.

Peinture exposant la peregrina sertie dans une broche avec le diamant Estanque de 48 carats. De gauche à droite, portraits de (1) Marguerite d'Autriche, reine d'Espagne par Juan Pantoja de la Cruz (~1606), (2) Philippe III, roi d'Espagne (ornement du chapeau) par Diego Velázquez (~1635), (3) Mariana d'Autriche, Reine d'Espagne (cheveux) par Diego Velázquez (~1660), (4) Marie Louise d'Orléans, Reine d'Espagne, par José Garcia Hidalgo (~1679) et (5) Elizabeth Taylor (1977) avec le collier Cartier.


En 1808, Napoléon Ier envahi le pays et confie le trône à son frère aîné, Joseph Bonaparte couronné Roi d’Espagne pour un court règne durant 5 ans. Au moment des défaites des Français, il fuit le pays en emportant une partie des joyaux de la couronne dont la fameuse la perle. C’est à cette époque que la perle est surnommée la Peregrina, ce qui signifie la pèlerine en Français. Après son décès, en 1844, Joseph Bonaparte lègue la perle à son neveu Louis-Napoléon, futur Napoléon III alors exilé à Londres qui choisit de la vendre à James Hamilton, premier duc d’Abercorn en 1848. Le duc l’offrit à son épouse Louisa Hamilton. A l’époque, la Peregrina était accrochée à une fine chaîne de perles naturelles, sans doute trop fragile pour supporter son poids. D’après la légende, aurait failli la perdre à deux reprises, par chance, le collier est retrouvé et la perle reste en la possession de la famille Hamilton durant plus d’un siècle.

Le collier sera mis en vente en 1969 par la maison d’enchères Sotheby’s à Londres. C’est Richard Burton qui gagne les enchères pour 37 000$ comme cadeau pour sa femme la célèbre Elizabeth Taylor. La perle fit le trajet de Londres à Las Vegas, où le couple résidait, en compagnie de Ward Landrigan, chef du département bijoux de Sotheby’s à New York. La mésaventure de la duchesse d’Abercorn se répéta avec Liz Taylor puisque celle-ci raconte dans son livre qu’après 20 minutes à arborer la perle, elle voulut toucher son « talisman » avant de s’apercevoir que le collier avant disparu. C’est à quatre pattes sur la moquette qu’ils trouvèrent un des pékinois de l’actrice en train de mâchonner un objet. Dans sa la gueule se trouvait la perle pérégrina. Elle n’était heureusement pas abîmée et n’avait subi que quelques égratignures.


Chronologie des précédents propriétaires de la perle Pérégrina. À gauche, la perle sertie dans le collier Cartier, à droite la peregrina avec son sertissage du XXeme s..


Nouveau serti


Après cet épisode, Elizabeth Taylor confia la Peregrina à la maison Cartier pour la faire sertir à différemment. Sur inspiration de la parure présente sur le portrait de Marie Tudor par Hans Eworth (1553-1558; dont la perle a était confondu pour la peregrina !), Al Durante de la maison Cartier fabrique un collier en or et platine. Le collier se compose d’un chocker à deux brins ornés cinquante-six perles naturelles et quatre perles de culture, entrecoupé de huit plaques à motif flamme ornées de diamant et rubis. Au centre, une suspension ornée de rubis poires, diamants, une perle naturelle et, bien sûr, la peregrina.


Dessin du design original par Al Durante pour Cartier. Cartier Archive


La vente aux enchères


Élizabeth Taylor conserve la perle Pérégrina jusqu’à sa mort en 2011. Le 13 décembre 2011, 80 bijoux sont mis aux enchères par la maison Christie’s à New-York lors de la vente ``The Collection of Elizabeth Taylor : THE LEGENDARY JEWELS``. Un acheteur anonyme emportera la mise pour la somme record de 11,8 millions de dollars, quadruplant son estimation de base pour une seule et unique raison : son incroyable provenance. Il s'agit aujourd’hui encore d'un record mondial pour un bijou avec une perle.


Christie's, 2011


Article rédigé par Lucille Daver pour le magazine canadien Jewellery Business :





References


Christie’s. 2011. Auction catalogue: the collection of elizabeth taylor : the legendary jewels, evening sale : la peregrina a natural pearl , new york, 2011

Krzemnicki  (2013). Age determination of pearls: a new approach for pearl testing and identification

Perri, M. (2009). 'Ruined and lost': spanish destruction of the pearl coast in the early sixteenth century. Environment and history, 15(2), 129-161.

Shor, R. (2007). From single source to global free market: the transformation of the cultured pearl industry. Gems & gemology, 43(3).

Taylor, E. (2003). Elizabeth taylor: my love affair with jewelry : simon & schuster, 240pages

Warren, D. “pearl tales” conference at Danat institut: https://www.danat.bh/pearl-tales-by-david-warren-and-andrew-price/

Zhou, C. et al. (2017). Saltwater pearls from the pre-to early columbian era: a gemological and radiocarbon dating study. Gems & gemology, 53(3).


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